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Comment réagit le peuple birman face au coup d’Etat militaire ?

Etant expert-voyage pour Shanti Travel en charge de la destination Birmanie,  je suis ainsi au cœur de l’actualité ici à Yangon, la capitale culturelle et économique du pays. 

Plutôt que de vous expliquer les faits survenus ici dernièrement ici (de nombreux articles et reportages ont déjà détaillé la situation), je vais tacher de vous donner mon ressenti sur l’actualité suite au coup d’Etat du 1er Février 2022. En effet, à cette funeste date, la junte militaire a contesté la victoire du parti démocratique NLD, instauré une  dictature, et emprisonné la leader du parti, Aung San Suu Kyi. 

Depuis, les militaires ont procédé à multiples arrestations à travers toute la Birmanie, opèrent régulièrement des coupures internet, restreignent l’accès aux services de Whatsapp, Facebook, etc… afin de perturber les moyens de communiquer, que ce soit de manière nationale ou à l’international. La junte, qui est de facto le nouveau gouvernement  en place, a hélas déjà utilisé les armes feux et déployé des tanks dans la ville. Plusieurs jeunes manifestants ont déjà hélas périent suite à ces répressions violentes.

Comment réagit donc le peuple Birman suite à ce coup d’Etat, qu’oppose-t-il à cette nouvelle dictature ?

Il est primordial dans un premier temps de souligner que  quasiment toute la population est directement descendue dans la rue (le parti d’Aung San Suu Kyi ayant reçu environ 80% des votes). C’est donc des manifestations massives et surtout non-violentes. Ainsi, dès les premiers jours, j’ai pu voir des jeunes manifestants birmans déposant des roses devant des militaires encerclant la mairie, ou encore leur déposer de vivres. Ainsi, après bientôt un mois de manifestations, d’assassinats, de peur et de répressions caractérisant toute dictature, aucun mouvement violent n’a été déploré dans les manifestations en retour. 

Ce qui m’a ensuite frappé le plus, c’est la présence massive de « la génération Z », soit la jeunesse birmane n’ayant pas connu la dernière dictature, ayant accès au monde extérieur, à internet et du coup, éprise de liberté. L’un des slogans les plus fréquents est ainsi « vous vous en prenez à la mauvaise génération». Ces jeunes-là rivalisent d’ingéniosité, et n’a pas peur des représailles militaires. Face à la situation et pour faire part à l’international de l’actualité de leur pays, chacun s’est entraidé, téléchargeant VPN et autres applications de messageries instantanées.

De plus ce n’ai pas seulement les jeunes qui sont dans les manifestations, mais bel et bien tout le pays. Ainsi, trois à quatre générations se côtoient, ainsi que musulmans et bouddhistes, peuple birman et autres ethnies, communauté chinoise comme indienne, traditionnalistes comme mouvement LGBT, riches comme pauvres. Au menu, slogans et chants en hommages des martyrs morts en 1988 pour la démocratie.

Tout ce peuple uni veut démontrer une chose, à savoir qu’elle n’a pas besoin d’une dictature, pour ensuite  retrouver Aung San Suu Kyi au gouvernement.  Cela se traduit par un civisme hors-norme, qui me donne une leçon de vie tous les jours. Ainsi, quand certains vont marcher avec leurs banderoles, de nombreux groupes se sont formés pour distribuer gratuitement eaux, repas, gels antiseptiques et soins si nécessaires.

D’autres groupes vont ensuite se former pour nettoyer la ville. Ainsi, après une journée de manifestation  qui peut atteindre plusieurs centaines de milliers de birmans, la ville a été nettoyée et retrouvent son calme, comme si rien ne s’était passé. Dès lors, dès que je ressens de la tristesse pour ce pays qui a perdu sa fragile liberté au moment du coup d’Etat, il me suffit de sortir dans la rue et voir la beauté de ce peuple birman pour retrouver le sourire et espérance en un dénouement heureux, à savoir le retour à un gouvernement démocratique et la libération des leaders politiques, à commencer par d’Aung San Suu Kyi

Après une journée de manifestations (dont l’intensité varie au fil de l’actualité), chacun rentre chez soi. Mais le combat ne s’arrête pas là. En hommage aux évènements de 1988 et des derniers affrontements avec la junte militaire, chacun perpétue une action de l’époque. Ainsi, tous les soirs depuis le coup d’Etat, les birmans se mettent à 20h (heure du couvre-feu militaire) à leurs fenêtres et balcons, et vont taper sur des casseroles pendant 30 minutes. Si les journées se passent entre rires et pleurs, mais avec enthousiasme et sans sentiment d’insécurité, c’est plus compliqué la nuit. En effet, chaque nuit, de 1h du matin à 9h du matin, le gouvernement militaire coupe tous les accès à internet, et procède à multiples arrestations. Mais une nouvelle fois, les supporters d’Aung San Suu Kyi  s’organisent. Ainsi, dans chaque quartier, un  roulement est opéré afin surveiller les rues la nuit, et faire le plus de bruits possibles en cas d’arrivée des militaires.

Mais si le peuple birman a d’abord répondu à la dictature avec son cœur, il opère aussi dorénavant avec sa tête. En effet, le principal moyen de pression du peuple d’Aung San Suu Kyi contre le gouvernement militaire est le CDM, qui est un mouvement massif de désobéissance civile. Ce mouvement a été initié dès les premiers jours suivant le coup d’Etat par le secteur de la santé. Ainsi, on a vu tous les hôpitaux publiques se mettant en grève, en pleine crise du Covid, ce qui en dit long sur l’obstination des birmans à défendre leur démocratie. Ensuite, c’est l’ensemble du secteur public qui s’est mis en grève. Dans un pays comme la Birmanie où le salaire moyen est inférieur à 100€ par mois, c’est là aussi un acte fort. De nombreuses associations se sont ainsi mises en place pour aider financièrement les grévistes, soit financièrement, soit en les aidant par exemple à retrouver un travail.

Enfin, une liste de tous les produits (hôtels, agro-alimentaires, banques, etc…) à boycotter a été diffusée dans tout le pays et est suivie par l’ensemble de la Birmanie. Ces produits appartiennent de près ou de loin à la junte militaire et le but est de faire pression sur eux économiquement. En tant qu’agence de voyage locale et engagée,  Shanti Travel ne travaillait déjà pas avec les groupes hôteliers détenus par la junte militaire. Nous irons encore plus loin en partageant avec nos voyageurs cette liste. En effet, à son échelle, le secteur du tourisme a aussi un rôle à jouer dans son soutien au peuple birman et son gouvernement démocratique. Ainsi, boycotter le pays (et quel que soit l’actualité de la Birmanie), ce serait faire le jeu de la junte militaire en appauvrissant encore davantage les birmans, déjà forts touchés par la crise sanitaire. Ainsi, en tant qu’agence locale soutenant le développement durable, Shanti Travel s’investit auprès de la population locale (en favorisant par exemple les petites structures familiales aux grands groupes hôteliers internationaux). Munis de cette liste, vous soutiendrez ainsi des milliers de chauffeurs, guides, réceptionnistes, restaurateurs ou encore fermiers de Birmanie, sans soutenir la junte militaire.

Croyez-moi, et j’ai l’occasion  de le vérifier tous les jours ici, la beauté de la Birmanie et surtout de son peuple ne mérite aucune dictature, mais bel et bien une démocratie légitime, et en cela, la Birmanie a besoin du soutien de la communauté internationale.

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