Juin
2015

Népal – Interview de Julie Turcotte

Publié le 05/06/2015 par Sophie ShantiTravel

Julie Turcotte - Exerte Népal

Julie est notre experte Himalaya et Népal. Sur place au moment des tremblements de terre d’avril et de mai, elle revient sur ce qu’il s’est passé et sur la situation aujourd’hui au Népal.

Bonjour Julie, peux-tu te présenter et nous parler de ton parcours chez Shanti Travel ?

J’ai 30 ans, je suis québécoise, j’ai eu l’appel du sac à dos il y a un peu plus de 4 ans. J’ai harcelé Shanti pour qu’ils m’engagent, je suis venue 6 mois en Inde et je ne suis jamais repartie.  J’ai travaillé 3 ans au bureau de New Delhi. J’ai pu beaucoup voyager et acquérir une expertise précieuse sur l’Himalaya, du Bhoutan au Sikkim en passant par le Ladakh. Depuis un an, j’ai ouvert notre agence locale sur place à Katmandou pour améliorer nos connaissances sur le terrain et partager davantage avec vous l’amour et la passion pour la découverte avec un grand D.

Où étais-tu le 25 avril 2015 lors du tremblement de terre ?

J’étais dans mon appartement à Katmandou, au dixième étage, j’attendais mon taxi en fin de matinée pour aller chercher mes amis Sophie et François à l’aéroport. La terre s’est mise à bouger de manière intense. Mon instinct de survie s’est mis en marche, je suis sortie de chez moi, la terre a tremblé jusqu’à ce que je me retrouve en bas. Pendant six heures il y a eu de fortes répliques et je suis restée avec une cinquantaine de Népalais, dehors, à 20 mètres de mon immeuble.

Comment les gens autour de toi ont-ils réagi face à une telle catastrophe ?

Les Népalais paraissaient paniqués mais dans le silence, ce qui m’a beaucoup aidé. Ils ont tous commencé en priorité à appeler leurs familles et leurs proches qui travaillaient ou habitaient dans la vallée de Katmandou ou dans des petits villages environnants.

Népalais jouant de la musique

J’ai été marquée par la fraternité entre tous. J’ai réussi à avoir mon père au téléphone au Québec, puis j’étais toujours inquiète à cause des répliques et c’est à ce moment là qu’une vieille dame est venue vers moi. C’était vraiment de la bonté humaine, elle parlait peu anglais mais me disait de ne pas m’inquiéter, que c’était fini. C’était beau de voir cette dame me réconforter, elle avait sûrement perdu plus de choses que moi, elle vivait là depuis toujours. A partir de ce moment là j’ai arrêté de me consacrer à moi et j’ai commencé à penser aux autres.

Les Népalais riaient 45 minutes après le séisme, ils écoutaient tous les news sur leur téléphone. J’ai redécouvert cette magnifique philosophie de vie qui les anime, ils vivent dans le moment présent. J’ai pensé que nous, occidentaux, essayons d’accomplir quelque chose, et que ce peuple se contente de vivre pleinement chaque jour.

Où es-tu maintenant ?

Jusqu’à présent, j’étais à Tashiling avec mes amis dans un des trois villages de réfugiés tibétains autour de Pokhara. J’ai pu un peu digérer tout cela pour faire la paix avec cette catastrophe. Avec des amis installés là-bas, nous préparions des  pains à distribuer dans les petits villages touchés par le séisme et trop isolés pour que l’aide internationale intervienne.

Aujourd’hui je suis à Leh au Ladakh pour préparer la saison trek des trois prochains mois.

Team Leh et Nimmu

Tu te sens en sécurité là-bas ?

Le Ladakh n’a pas du tout été touché par les tremblements de terre d’avril et de mai, donc il n’y a pas de souci à se faire… Mais tu sais, le Népal a toujours été une zone à risque sismique, et c’est la même chose pour le Nord de l’Inde mais cela ne m’empêche pas d’assouvir ma passion pour l’Himalaya.

Quels sont tes conseils pour les gens souhaitant aider le Népal depuis la catastrophe ?

Pour les gens peinés, touchés par cet événement, et qui ont une attirance et une profonde affection pour le Népal, le séisme ne doit pas entacher le tourisme. Il faut revenir au Népal peu importe ce qu’il s’est déroulé ! Les Népalais ont peur qu’après la médiatisation, les touristes ne viennent plus dans la vallee de Katmandou. Mais les guides, les porteurs, les chauffeurs doivent continuer à travailler. Pensons à eux et à tous les gens qui dépendent directement du tourisme. Bien que la situation soit dramatique, les Népalais continuent de vivre, le temps ne s’est pas arrêté.

Les liens des différentes organisations humanitaires que nous vous proposons sont des structures bien gérées, en qui nous avons toute confiance, elles auront toujours besoins de nos dons.

Mais le meilleur conseil que je peux donner aux voyageurs qui veulent aider le Népal, c’est de venir ou de revenir. Nous allons devoir repenser une partie de nos itinéraires, cela va prendre du temps pour la reconstruction des sites de l’UNESCO mais cela n’enlève en rien l’âme du Népal, qui ne réside pas uniquement dans ses temples et ses monuments historiques. Dans l’imaginaire de chacun, le Népal restera ce qu’il est et je sais que les voyageurs vont revenir !

Ghandruk

Quelles sont tes dernières découvertes au Népal ?

J’ai effectué un itinéraire de trek pour ajouter à nos programmes, au départ de Pokhara. Nous proposons déjà une expérience unique chez l’habitant, à Tashiling, au cœur de la culture tibétaine. Désormais il est possible de partir pour 3 jours de marche sur les chemins du Panchase. J’ai passé un moment magique avec une famille Népalaise, une semaine jour pour jour après le séisme, en dansant tous ensemble. La première journée se déroule de villages en villages, au milieu des cultures en terrasse. Le contact humain est à portée de main et c’est ce que nous aimons chez Shanti : partager, rencontrer et se sentir en harmonie tant avec la nature qu’avec les gens ! Je me souviens d’une rencontre particulièrement touchante avec Mayla, qui nous a logé dans sa guest-house et nous a préparé un excellent dhal bat, le sourire aux lèvres, heureux de nous accueillir chez lui.  L’itinéraire vous offre des panoramas exceptionnels sur les Annapurna et le Machhapuchhare, pour de belles journées de 4-5H de marche.

C’est pourquoi je suis en train d’organiser un itinéraire 100% chez l’habitant, durant 12 ou 13 jours, qui partirait de Katmandou jusqu’aux Annapurna.

Nepal Kathmandu Women

Quels conseils donnes-tu aux voyageurs qui souhaitent se rendre au Népal ?

Nous avons à présent une grande visibilité sur ce qui s’est passé. Je me suis moi-même rendu sur plusieurs sites classés au patrimoine mondial de l’UNESCO. Il y a uniquement le Langtang qui n’est pas praticable et une portion du trek du camp de l’Everest.

A part cela, toutes les routes majeures sont praticables. La majorité des sites sont encore debouts et sont visitables ! Pattan, par exemple, n’a perdu que deux temples sur la dizaine de temples que le site comprend, il sera réouvert dès le 15 juin. Seul Kathmandu, Bhaktapur et Swayabunath qui sont encore fermés : nous ferons un nouveau tour d’horizon en août.

Dans tous les cas, j’encourage les voyageurs à retourner à Patan et Bhaktapur, pour les gens qui habitent toujours là-bas, pour saisir l’importance de ces villes dans la culture népalaise. Les Népalais vivent toujours là ! L’âme du Népal est toujours bien présente. De même pour Bandipur, le village n’a pas perdu de sa valeur à cause du séisme. Ce tragique événement fait partie désormais de l’histoire du Népal comme celui de 1934.  Même si c’est légitime de se poser la question de retourner sur ces sites ou non, notre challenge est de vous convaincre que l’âme du Népal est toujours là, au cœur de la vallée de Katmandou !

Quels sont tes projets les prochains mois?

Je vais continuer de créer des voyages pour le Népal depuis Leh, car je crois en ce merveilleux pays, je crois en son authenticité, sa beauté et sa richesse. Plus que tout, je veux continuer à créer des itinéraires pour toutes les personnes qui veulent découvrir ces magnifiques pays multiculturels que sont le Népal, le Bhoutan et le Tibet.

Julie et ses guests

Mots-clés : Julie Turcotte, Népal, séisme,

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À propos Sophie ShantiTravel

Après plus de 3 ans à m’occuper de l’organisation des voyages dans l’Himalaya, et plus particulièrement au Ladakh, depuis l’agence Shanti Travel de New Delhi, je suis partie en Mongolie le temps d’une saison, habiter sous une yourte et rencontrer ce peuple chaleureux. Aujourd’hui entre le Sri Lanka et le Népal, je découvre les charmants voisins de l’Inde et partage mes expériences de terrain avec les autres voyageurs. Au fil des années et des expériences, l’expertise de notre équipe de conseillers-voyage s’est également agrandie au Sikkim, au Bhoutan, aux régions du Nord-Est de l’Inde, proche de la Birmanie… Mes collègues, tout aussi passionnés que moi par la nature et les grands espaces, sauront vous conseiller sur ces destinations.