Juin
2016

Les Sherpas de l’Everest, héros anonymes

Publié le 08/06/2016 par Sophie ShantiTravel

sherpa népal

L’ascension de l’Everest a toujours autant de succès même après des événements tragiques comme les avalanches de 2014 ou le tremblement de terre de 2015. Rien n’arrête les alpinistes étrangers en quête d’extrême et de défi personnel. Le Népal profite de cette situation en gagnant chaque année entre 3 et 4 millions de dollars. Quant aux alpinistes, ils déboursent chacun entre 40 000 et 60 000 euros pour tenter de réaliser leur rêve.

Plus de 60 ans après l’exploit de Sir Edmund Hillary et Tenzing Norjay, on ne gravit plus l’Everest de la même façon. A l’époque, les alpinistes traçaient leur propre route, sans équipement moderne. Aujourd’hui, les Sherpas ouvrent la voie jusqu’au sommet, installent quatre camps tout au long du chemin et équipent les alpinistes de tout le matériel nécessaire. Ceux-ci quittent le camp de base de l’Everest, accompagnés chacun par un Sherpa, munis de bouteilles d’oxygène, pour atteindre progressivement la file d’attente à plus de 8 000m d’altitude dans les « Hillary Steps », et avoir leur moment de gloire au sommet.

Nomades des glaces

La victoire de Tenzin et Hillary a amorcé une révolution dans la vie des Sherpas. Ils ont fait découvrir au monde entier le mot Sherpa. Les Sherpas désignent avant tout une ethnie montagnarde venue du Tibet au XVIe siècle. Ces hommes de l’Est, nomades, cherchent de bons pâturages pour leurs troupeaux de yaks et s’établissent au pied de l’Everest, dans la région du Solo Khumbu. Certains émigrent à Darjeeling en Inde, où ils rencontrent au début du XXe siècle les alpinistes britanniques qui voient en eux les hommes de la situation pour tenter l’ascension de sommets himalayens.

Aujourd’hui on confond souvent Sherpas et porteurs. Tous les porteurs n’appartiennent pas à l’ethnie Sherpa. Et les Sherpas de l’Himalaya sont bien plus que de simples porteurs. Ce sont des guides d’exception, de grands alpinistes sans qui aucune expédition ne serait possible. Ils s’adaptent de manière exceptionnelle à cet environnement faible en oxygène car ce sont des enfants de la montagne, nés et élevés à plus de 4 000m d’altitude. Leur expérience et leur force physique valent de l’or !

Pour les ascensions de l’Everest, les Sherpas expérimentés vont devoir ouvrir la voie et installer les camps jusqu’au sommet. A peine acclimatés, ils partent avec 60 échelles et 3 500m de cordes défricher la partie la plus difficile de l’expédition : l’infranchissable glacier Khumbu. Chaque année ils tracent une nouvelle voie entre les fissures et crevasses. Ils l’équipent, cherchent des voies sûres, les sécurisent car l’immense glacier bouge de 30 cm à 1 m par jour. On appelle ces Sherpas qui ouvrent cette route dangereuse les « docteurs de la cascade de glace ».

Sur ces passages délicats, il y a aura des centaines d’hommes qui vont passer sans devoir déstabiliser la zone. Ce travail dangereux est imprévisible, l’environnement est pauvre en oxygène, les conditions météorologiques aléatoires, sans oublier les risques d’avalanche ou les chutes dans les crevasses. Les Sherpas sont des héros bien avant d’avoir atteint le sommet.

nepal sherpa

L’aventure du Toit du Monde

La période idéale pour grimper au sommet de l’Everest se situe généralement les deux dernières semaines du mois de mai. Pendant plus de deux mois, le camp de base de l’Everest, à 5 345m, est transformé en véritable village pour accueillir les alpinistes qui s’acclimatent de longues semaines avant le Jour J. Durant cette période, le camp peut accueillir entre 800 et 1000 personnes.

Une expédition est composée généralement de 15 Sherpas pour 10 alpinistes. Et même s’il y a une quarantaine d’expéditions en moyenne chaque saison (Suisses, Australiennes, Françaises…), tout le monde part à la même période du camp de base provoquant de tristes embouteillages entre le camp 1 et le sommet.

Le camp 1 se situe à 5 900m, le camp 2 à 6 400m, le camp 3 à 7 300m. C’est le plus dangereux, les Sherpas n’aiment pas dormir ici, entre les crevasses de la paroi du Lhotse. A cet endroit très dangereux, la pente à 45 degrés a été aménagée par les Sherpas au préalable, sinon il serait impossible d’installer un campement. La dernière étape à sécuriser avant de retourner au camp de base consiste à fixer des cordes du camp 4 à 7 900m jusqu’au sommet. Les allers-retours entre les différents camps vont être nombreux pour les Sherpas, en charge d’acheminer tout le matériel et l’équipement des alpinistes ainsi que de nombreuses bouteilles d’oxygène.

Lorsque les vents sont favorables, c’est le grand départ, un Sherpa accompagne chaque alpiniste. Véritable ange gardien, il l’aidera soit à gravir le sommet soit à redescendre en cas de problème.

Entre vertiges et spiritualité

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Aujourd’hui, beaucoup de Sherpas sont installés à Katmandou et travaillent dans le tourisme et particulièrement dans l’industrie du trekking. Lors des expéditions vers l’Everest, les Sherpas gagnent environ 4 000 euros pour une saison de 2-3mois. Malgré les risques et la difficulté du métier, les Sherpas sont motivés car c’est une somme d’argent importante, environ le double du salaire annuel d’un instituteur de Katmandou. Ils peuvent faire vivre leur famille plus facilement qu’avec leur maigre revenu issu de l’agriculture.

Les fils des Sherpas des grandes expéditions – que leurs pères ont pu envoyer à l’école ne souhaitant en aucun cas que leurs enfants deviennent Sherpas à leur tour – partent étudier à l’étranger, aux Etats-Unis principalement. Le fils de Tenzing Norjay se souvient aussi de ce que son père lui a souvent répété pour le mettre en garde contre les illusions : « Du sommet, on n’aperçoit pas le monde entier ».

J’ai rencontré Norbu Sherpa à Katmandou, dans le quartier de Sukedhara, près de Bodhnath. Il a 29 ans et travaille dans une des agences les plus sérieuses pour organiser les expéditions vers l’Everest. C’est un avantage d’être parti de son village et de s’être installé à Katmandou pour être au plus près des besoins et des attentes des alpinistes étrangers. Même s’il habite à Katmandou, il est toujours très croyant et m’explique que le bouddhisme et l’alpinisme vont de pair. Jamais un Sherpa ne part pour une expédition sans une bénédiction par un lama, que ce soit en ville ou dans les villages. Les rituels bouddhistes, les prières, les pujas se font à plusieurs étapes, à la maison avant de partir puis pendant le trekking. Contrairement aux alpinistes occidentaux, pour les Sherpas, l’Everest est la montagne sacrée par excellence, on ne devrait même pas marcher sur sa tête. C’est un tout autre rapport à la montagne qu’ils entretiennent. Ils respectent tout au long de leur chemin le symbole divin de Chomolungma en répétant le mantra suivant : Je suis venu à toi, je t’en prie aime-moi.

L’Everest est une déesse, ils lui demandent la permission et prient pour qu’ils ne leur arrivent rien !

Trekker dans les hauts cols de l’Everest avec Shanti Travel, agence de voyage locale basée à Katmandou.

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À propos Sophie ShantiTravel

Après plus de 3 ans à m’occuper de l’organisation des voyages dans l’Himalaya, et plus particulièrement au Ladakh, depuis l’agence Shanti Travel de New Delhi, je suis partie en Mongolie le temps d’une saison, habiter sous une yourte et rencontrer ce peuple chaleureux. Aujourd’hui entre le Sri Lanka et le Népal, je découvre les charmants voisins de l’Inde et partage mes expériences de terrain avec les autres voyageurs.

Au fil des années et des expériences, l’expertise de notre équipe de conseillers-voyage s’est également agrandie au Sikkim, au Bhoutan, aux régions du Nord-Est de l’Inde, proche de la Birmanie… Mes collègues, tout aussi passionnés que moi par la nature et les grands espaces, sauront vous conseiller sur ces destinations.