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2016

Alex Le Beuan accompagne Le Figaro au Ladakh

Publié le 05/04/2016 par Alex Le Beuan

voyage-himalaya

Le grand reporter Guillaume de Dieuleveult et le photographe Arnaud Robin ont eu le plaisir de découvrir le Ladakh avec Shanti Travel lors d’un reportage pour Le Figaro Magazine réalisé en septembre 2015 et publié le 1er avril 2016.

Sangrup, guide francophone ladakhi chez Shanti Travel et moi les avons accompagné dans cette région singulière située au Nord-Ouest de l’Inde, par de-là la grande barrière himalayenne.

Voici le making-off de ce reportage, en 2 épisodes.

Episode 1 : Forts, palais et monastères du Ladakh

Le Ladakh, Carrefour de civilisations

Sangrup et moi accueillons Guillaume et Arnaud, photographe, à l’aéroport de Leh. Sourires aux lèvres, la tête ‘’enfarinée’’ par un long voyage depuis Paris via Bombay et Delhi, Guillaume et Arnaud sont scotchés en regardant les paysages depuis les fenêtres du véhicule qui nous conduit au village de Nimmu.

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Nous voyageons d’abord dans la partie centrale du Ladakh, précisément dans la vallée de l’Indus. Dans le village de Nimmu, nous profitons du calme, du charme et du confort de Nimmu House, vieille bâtisse aristocratique transformée en boutique hôtel de caractère. Lieu privilégié pour l’acclimatation à l’altitude, Nimmu (3100 m) qui forme un immense oasis luxuriant dans lequel coulent de très nombreux canaux d’irrigation, entouré d’un monde himalayen minéral, offre la possibilité de vivre dans un village ladakhi authentique.

Avec Quentin Devers, archéologue français spécialiste du Ladakh, qui a recensé dans ses publications plus de 250 sites (forts, stupa principalement) historiques dans la région, nous comprenons que la culture ladakhie est non seulement très influencée par la culture tibétaine bouddhiste, mais aussi par la culture turcophone musulmane. Le Ladakh se situe en effet depuis de très nombreux siècles sur un carrefour commercial majeur entre l’Ouest et le Nord de l’Asie Centrale, à l’Est le Tibet, et au Sud, le sous-continent indien.

Des caravanes de yaks, de chevaux et de chameaux de la Bactriane ont sillonné le Ladakh depuis des temps très anciens, les un venant du Punjab via le Cachemire, les autres de la région du Pamir, ou encore du bassin de Tarim (Turkestan chinois) et enfin du Tibet.

Situé au Nord de la partie la plus occidentale de l’Himalaya, et au Sud de la chaine du Karakoram, entre des sommets qui atteignent jusqu’à 7500 m, le Ladakh fait partie de ces zones stratégiques que les empires n’ont eu de cesse de se disputer. Ce fut longtemps le cas des Tibétains et des populations turcophones d’Asie Centrale, et c’est le cas aujourd’hui entre l’Inde, la Chine et le Pakistan. Malgré de nombreux siècles de chaos consécutifs à cette position géographique singulière, le Ladakh a dans son histoire connu plusieurs siècles d’indépendance et de calme, et jouit depuis l’indépendance de l’Inde, à qui la région est attachée, d’une très grande autonomie et d’une période de paix au sein de l’Union indienne.

Nous passons deux belles soirées en compagnie de Quentin, mélange d’Indiana Jones et d’intellectuel, qui arpente les chemins du Ladakh depuis sept ans à la recherche de ses trésors archéologiques, qui nous permettent de comprendre l’histoire mouvementée du Ladakh, sachant que très peu de documents historiques retraçant l’histoire du Ladakh ont été écrits.

Nous nous baladons à Sangam, l’endroit où la rivière Zanskar se jette dans l’Indus puis remontons le Zanskar sur plusieurs kimomètres avant de nous installer sur une plage de sable blanc, et de profiter d’un pique-nique charmant organisé par l’équipe de Nimmu House. Nous rencontrons les villageois de Nimmu qui s’affairent actuellement dans les champs en cette période de moisson, avant de profiter d’un soleil couchant sur le fort de Basgo, l’un des hauts lieux de pouvoir et de batailles dans l’histoire du Ladakh.

Leh, capitale du Ladakh

Apres trois jours passés dans le village de Nimmu, Leh, la capitale du Ladakh, nous semble moderne, chaotique, vibrante, et pourtant, ce n’est qu’une ville de 30 000 habitants située à 3500 m_tres d’altitude. Le contraste entre un village traditionnel ladakhi et une petite ville moderne est saisissant.

Les rues poussiéreuses de Leh sont empruntées par de nombreux villageois vêtus de leurs habits traditionnels, venus des quatre coins du Ladakh, à la recherche de produits manufacturés et de modernité. Les ruelles de la ville abritent de nombreux magasins, avec à chaque fois plusieurs boutiques qui vendent les mêmes produits : boucheries d’un côté, quincailleries de l’autre, tissus, matelas, couverts, barbiers, etc…. A chaque bazar sa spécialité.

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Sur le trottoir des hommes et des femmes portant des chapeaux ornés de fleurs fraichement cueillies sont assis devant leur étal de légumes. Contrairement à la plupart des habitants du Ladakh, qui ont les traits mongoloïdes, ceux-là ont la peau claire et le visage anguleux. Les Dardes du Ladakh sont un peuple base dans la vallée de Da-Hanu et jouissent d’une position géographique privilégiée : relative basse altitude, ensoleillement et canaux d’irrigation. Aussi ont-ils un surplus de production agricole qui leur permet de commercialiser leurs excédents à Leh.

Nous nous rendons dans le show-room de mes amis Jigmed & Jigmed, un couple de stylistes ladakhis qui après avoir etudié le design et travaille comme designers à Delhi, sont revenus au Ladakh pour produire de magnifiques vêtements sur mesure avec des lainages de la région : laine pashmina, laine de chameau de la bactriane, laine de mouton, ou encore de yak… Bien que les matières soient locales et traditionnelles, les designs sont parfois très modernes. La grande majorité de leurs clients sont des familles nobles et bourgeoises du Ladakh, qui commandent leurs vêtements de cérémonie, à l’occasion d’un mariage, d’un festival religieux, etc….

Stok Palace, un voyage dans le passé

En fin de journée, nous rejoignons le Stok Palace, le Palais du Roi du Ladakh. Jigmet Namgyal est le descendant des Rois du Ladakh qui ont gouverné plus de 1000 ans sur ce territoire himalayen. Après avoir construit leur Palais à Shey puis à Leh, la famille royale a bati en 1820 ce qui deviendra d’abord la résidence d’été de la famille à Stok, puis, plus récemment l’unique résidence du Ladakh à accueillir la famille royale.

Le Palais, imposant avec ses 6 étages et 80 pièces, fut construit sur un éperon rocheux qui domine la vallée de l’Indus, avec non seulement le village de Stok mais aussi Leh, Shey et Tikse, ainsi que tous les sommets environnants. Jigmet Namgyal a ouvert son musée il y a quelques années où sont hébergés de nombreux objets de la famille Royale. Plus récemment, des chambres d’hôtes ont vu le jour.

Stok Palace

Jigmet Namgyal, qui œuvre pour la préservation et la reconstruction de temples et autres stupas bouddhiques au Ladakh, nous fait l’honneur de nous accorder du temps pour une interview. Puis le soir venu, nous dinons dans la salle à manger principale en sa compagnie. La scène est amusante car il se tient assis sur un trône, face à nous, ses invités; nous sommes entourés de personnel qui ne cesse de nous resservir d’excellents mets typiquement ladakhi (chowmein, khukpa, momo, etc…). Mais avant la fin du diner, notre hôte se lève pour venir discuter simplement avec nous, habillé d’un jean et d’une doudoune sans manche. Le décor semble un peu trop pesant à ce descendant du Roi, qui est à la fois timide et sympathique.

La prière du matin au monastère de Tikse

Très tôt le matin, nous filons vers le gompa de Tikse, l’un des monastères les plus extraordinaires du Ladakh, dont les temples principaux sont construits tout en haut d’un éperon rocheux, et dont les maisons annexes et les cellules des moines colonisent toute la colline, de haut en bas.

Nous arrivons à 6H30 du matin pour l’heure de la prière. Des moines de tous âges arrivent dans le temple principal, certains semblent tout juste sortis de leur lit. Le Rimpoche (moine principal) de Tikse fait face aux moines, assis en hauteur, avec derrière lui des photographies du Dalai Lama. La grande pièce sombre, qui abrite de très nombreuses peintures qui ornent les murs, sent un mélange d’encens, de genévrier, et de beurre rance. Les lampes à huile sont rapidement allumées et la prière peut commencer.

Les voix sont un mélange d’âges, graves pour les ‘’anciens’’, très aigues pour les jeunes, qui pour certains ont à peine six ans. Après la première prière, de jeunes moines servent le thé au beurre salé a une trentaine de moines qui le mélangent avec la tsampa, la farine d’orge, et se régalent de leur petit-déjeuner. Deux moines se lèvent ensuite, et, munis de leur conque, s’acheminent sur le toit du temple principal, à environ 100 m au-dessus du village de Tikse, et soufflent durant plusieurs minutes alors que le soleil vient réchauffer nos corps engourdis. La seconde prière peut alors débuter.

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Durant environ une heure, les moines psalmodient des textes bouddhistes, certains, les plus jeunes, avec l’aide de livres à prières bouddhistes, couvertes de mantras tibétains. Ces livres sont des feuilles de parchemin comportant des écrits recto verso de droite à gauche, disposés entre deux couvertures de bois tenues ensemble par un fil. Un moine se lève, habillé d’une cape guerrière de couleur verte, et muni d’une sorte de bâton en cuivre qui crache une fumée acre et odorante (encens) et se déplace de moine en moine pour bénir chacun d’entre eux. Alors que les rayons du soleil entrent enfin par la porte du temple, l’heure à sonner de prendre congé.

Nous sommes attendus par Mathieu, le manager de TUTC Chamba Camp, un campement de luxe implanté en contre bas du monastère de Tikse. Sur un terrain de plusieurs hectares sont disposées quatorze tentes type safari ultra luxueuses, entourées de champs d’orge, de potagers et de bosquets de fleurs. La décoration intérieure est ‘’so british’’ et détonne dans cet environnement désertique du Nord de l’Himalaya.

Le Musée de Matho, joyau de l’art himalayen

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Après s’être essayé à l’un des sports les plus prisés par les ladakhi, le tir à l’arc, nous prenons la route pour le village et le monastère de Matho. Nelly Rieuf, l’une des plus grandes spécialistes de l’art himalayen, fondatrice du Musée de Matho, nous reçoit avec son équipe dans son atelier, dans l’enceinte du monastère.

Depuis cinq ans, Nelly passe plus de la moitié de l’année à Matho avec une équipe composée de Ladakhi de Matho et d’etrangers, restaurateurs, architectes, paysagistes. Après des études d’ingénieur, suivies d’études d’art himalayen de de restauration, Nelly a passé plusieurs années à restaurer des œuvres d’art bouddhiques en Himalaya, avant d’être invitée par le Rimpoche (grand Lama) du monastère de Matho à inventorier et restaurer les œuvres que recèlent le monastère, extraordinaires par leur qualité et leur quantité.

Nelly, de qui se dégage une simplicité désarmante, un humour sincère, et une grande générosité, nous explique que pas moins de 2500 œuvres ont été inventoriées et restaurées, principalement des tangka (peintures) mais aussi des sculptures, des manuscrits, et des objets de la vie quotidienne. Dès l’an prochain, au printemps 2016, 420 œuvres seront exposées dans le Musée de Matho, dont certaines datent du XIème siècle, et le plus incroyable, des parties de textes sacrés qui n’ont jamais été incorporés au livre le plus sacré pour les bouddhistes tibétains, le Bardo Thödol, connu sous le nom de livre tibétain des morts,  car ces textes ont été laissés à Matho, lors d’un voyage d’un grand maître bouddhiste entre le Kashmir et l’Ouest tibétain, l’ancien Royaume de Guge.

musée matho

Près de nous dans l’atelier est posé sur le sol un tapis. Nelly nous explique que ce tapis du XVème siècle provident d’à côté’’, c’est à dire de la région de Yarkhand, au Turkestan… Des trésors qui ont fait la route, elle et son équipe en ont restauré de nombreux, en provenance non seulement d’Asie Centrale mais aussi du Mustang (au Nord du Népal) ou encore du Bhoutan.

Mots-clés : voyage ladakh,

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À propos Alex Le Beuan

Ma passion pour l'Himalaya et le Sous Continent indien m'a conduit au Népal et en Inde en 1995, mon bac en poche. Puis à partir de 1997, j'ai travaillé comme guide de treks pendant plusieurs années au Népal, en Inde, au Sahara, en Tanzanie tout en poursuivant mes etudes a l'INALCO. Après quelques années comme chef de produit pour un tour opérator français spécialiste du trek, j'ai fondé Shanti Travel en 2005 : une agence de voyages locale spécialiste du voyage sur mesure en Asie. Ma passion pour les différents pays d'Asie me guide encore aujourd'hui et anime toutes les équipes de Shanti Travel qui partagent le goût des voyages et l’expertise de ces destinations d'Asie : Inde, Sri Lanka, Bhoutan, Népal, Tibet, Birmanie, Indonésie, Laos, Cambodge, Vietnam, Mongolie, Philippines et Japon.