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À petits pas – 4ème étape : Trek au Mustang, en route vers Lo Manthang, la capitale mythique

On The Road Again!

C’est reparti! Après quelques jours passés à Pokhara dans la maison familiale de Tenzin, au village de réfugiés tibétains de Tashiling, c’est avec joie que nous reprenons la route pour explorer une région mythique, le Mustang.

Situé au Nord des massifs du Dhaulagiri et de l’Annapurna, pays source de la Kali Gandaki, l’ancien Royaume de Lo est situé à l’extrême Nord du Népal, et dessine une sorte de pouce qui s’enfonce à l’intérieur du Tibet. Selon le Dalaï Lama, le Mustang est « l’un des rares endroits dans l’Himalaya ayant gardé inchangée sa culture tibétaine ».

Pour parvenir aux portes de ce Joyau, deux options : dix à quinze heures de piste carrossable en jeep ou vingt cinq minutes de vol. Nous optons pour l’avion à l’aller tandis que le retour s’effectuera en jeep. De bon matin, nous nous rendons à l’aéroport pour y retrouver Karma, notre guide, originaire du Haut Mustang. Le vol est retardé et l’attente est interminable. Volerons-nous aujourd’hui ? Rien n’est moins sur car les vols Pokhara – Jomosom ont la particularité d’être très souvent annulés en raison du vent qui souffle frequemment tres fort dans les environs de Jomosom. Finalement, après quatre heures d’attente, Yeti Airlines annule le vol, mais nous apprenons que la compagnie Summit le maintient, car l’avion de Summit, plus puissant,  »peut monter plus haut » nous explique un membre de la compagnie, et donc eviter de se trouver dans une tempete dans les gorge de la Kali Gandaki. S’ensuit une courte hésitation quant à l’idée de monter dans le Turbolet 410, sachant que l’aéroport de Jomosom est considéré comme le plus dangereux du Nepal – deux crashs ont eu lieu ces quatre dernières années – et que le ciel est très nuageux aujourd’hui, mais l’envie de dormir au Mustang ce soir est plus forte, et nous rejoignons avec un mélange d’excitation et d’angoisse la carlingue de 18 places.

Trous d’air au dessus des Himalayas

Après cinq minutes de vol au dessus des cultures de riz et des épaisses forêts, au Nord de Pokhara, d’où la vue est dégagée par intermittence sur les Annapurnas et le Macchapuchre, nous entrons dans les gorges de la Kali Gandaki, les plus profondes du monde, situées entre le Dhaulagiri (8167 m) et l’Annapurna (8091 m), avec face à nous un mur d’épais nuages. L’avion commence à tanguer. Rapidement, la masse nuageuse empêche toute visibilité. Des pèlerins népalais et indiens qui se rendent au temple hindou de Muktinath lancent des cris de plus en plus épouvantés à chaque trou d’air et même l’hôtesse semble soucieuse…. Ambiance ! Tout à coup, après vingt minutes de vol, changement complet de décor : les nuages laissent place au ciel bleu et on decouvre un environnement aride, emblematique du Mustang. Après être passés au-dessus de la bourgade de Jomosom, l’avion pivote à 180 degrés d’un coup d’ailes sec avant de s’aligner à l’approche de la piste et de se poser comme une fleur sur le tarmac. Mines rejouies, nous découvrons un aéroport minuscule, qui se résume en une petite construction surmontée d’une tour de controle, et d’un jardin qui mène à l’unique rue de Jomosom, pavée de grandes pierres plates et bordée d’échoppes, guests houses et autres gargottes.

En route pour le Haut Mustang

Notre chauffeur nous accueille chaleureusement et nous invite à grimper dans sa jeep pick-up. Nous roulons deux heures pied au plancher sur une large piste qui longe la Kali Gandaki, et croisons quelques jeeps remplies de pelerins indiens qui re descendent du sanctuaire religieux de Muktinath, situé sous le col Thorong La, qu’emprunte le trek du Tour des Annapurnas. Arrivées au village de Kagbeni, nous nous arrêtons au check-post pour presenter nos permits de trek pour le Haut Mustang, et rencontrons de nombreux trekkeurs qui terminent le tour des Annapurnas et profitent de cette halte pour se restaurer, bénéficier d’infrastructures modernes (dont le wifi et le ‘’Yak Donald’’ qui sert des hamburgers au Yak !) – et s’offrir une bière fraîche ‘’Gorkha’’.

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Kagbeni

Tandis que le tour des Annapurnas, qui passe entre autres, par le Bas Mustang – région de Muktinath, Kagbeni, Jomosom – attire environ soixante mille trekkeurs chaque année, le Haut Mustang accueille à peine trois mille voyageurs, en raison du coût dissuasif du permis d’entrée de 50 dollars par jour.

Le trace du Haut Mustang coincide dans les grandes lignes avec le territoire de l’ancien Royaume himalayen de Lo. Avec ses 1200 Km2 – équivalent à l’ile de la Réunion – et à peine 5000 habitants, Lo fût depuis le 14eme siècle, l’un des Royaumes les plus reculés et médiévaux du monde, avant d’être intégré au territoire népalais en 1951.

Le premier voyageur occidental n’est arrivé au Mustang qu’en 1950. Puis durant quatre décennies, à partir de 1961, la région a été fermée aux étrangers – exception faite de Michel Peissel qui y séjourna en 1964 – et il fallut attendre 1992 pour que les trekkeurs soient autorisés à y randonner. Le Haut Mustang, est donc considéré comme, un territoire encore ‘’préservé’’, loin de l’agitation du monde.

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Entre Kagbeni et Lo Manthang -Village de Samar
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Kali Gandaki, entre Kagneni et Samar

Sur les traces de Apa Gyaltsen, le Père de Tenzin, résistant Khampa

Que venons nous chercher au Mustang ? Le labyrinthe minéral aux couleurs multiples, coiffé de sommets scintillants de blanc ? L’hospitalité légendaire de ses habitants ? Le patrimoine architectural et religieux sauvegardé ? Oui, c’est pour tout cela que nous souhaitons explorer cette région du monde fantasmée depuis tant d’années.

Mais c’est une raison plus intime qui nous pousse vers ce territoire mythique : le père de Tenzin, Apa Gyaltsen, a vécu 15 ans au Mustang. Après l’invasion du Toit du Monde par la Chine, il a rejoint les combattants Khampas, fers de lance de la résistance tibétaines, et en 1960, comme trois mille autres frères d’arme, il s’est réfugiée au Mustang, pour créer une base arrière de la guérilla. Finalement, après 25 ans de lutte, la résistance tibétaine a dû déposer les armes. Apa Gyaltsen a alors trouve refuge à Pokhara, ou il a rencontre la mere de Tenzin. De son passé de résistant, il n’a jamais rien raconté à sa fille. Décédé il y a quelques années, il a emporté avec lui tous ses souvenirs d’une guerre meconnue du monde. C’est pour percer son mystère et lui rendre hommage que nous marchons à présent sur ses traces, au Mustang.

Une route… en devenir

Nous reprenons la route en direction de Chhusang, et les paysages sont de plus en plus arides au fur et à mesure de notre cheminement vers le Nord. Passé Chhusang, la piste prend de la hauteur et forme de nombreux zig-zag aux virages effroyablement serrés. Immense chantier où les ouvriers travaillent sans relâche, cette route n’en a pour le moment que le nom. Mais compte tenu du grand nombre d’ouvriers, de pelleteuses et de bulldozers en presence, la route devrait sans aucun doute être achevée dans les toutes prochaines années. C’est un projet prioritaire pour le gouvernement népalais pour ouvrir un accès commercial entre la Chine et l’Inde, et faire que la Kali Gandaki retrouve sa place d’axe de premier ordre entre les deux geants d’Asie. Du côté chinois, l’aide financière à la construction de cette liaison stratégique sert l’ambition expansionniste de Pékin.

Alors qu’il fallait autrefois compter six jours pour relier Lo Manthang au depart de Jomosom, une journee suffit depuis la creation de la piste (hors aleas…). Les habitants du Mustang ont fait pression sur le gouvernement pour obtenir cette route et ainsi désenclaver leur région. Pour notre guide Karma, l’avantage principal est d’acheter des articles ‘’moins chers que lorsqu’il fallait les acheminer à dos de chevaux, mules et yaks depuis Pokhara ou même de Jomosom’’. Mais malgré la route qui relie Lo Manthang à Jomosom, puis Pokhara et le reste du Nepal, comme nous le verrons à notre arrivé à Lo Manthang, les articles sont essentiellement importés de Chine, dont la frontière est située à seulement 20 km de Lo Manthang, par une route, là aussi, construite avec l’aide financière chinoise.

Au-dessus de Samar, la piste est coupée par un glissement de terrain, mélange de rochers et de boue, consécutive aux pluies de la veille. Les ouvriers s’affairent et nous disent que si tout va bien, nous pourrons passer avant la nuit… Inch’Buddha ! En attendant, nous allons nous réconforter autour d’un ‘’chia’’ (thé) dans une auberge de Samar. Une terrasse pavée de grandes pierres plates mène à la maison, de couleur blanche, rectangulaire et cossue. Nous entrons dans un petit vestibule qui donne rapidement sur une grande sale éclairée par un puit de lumière naturelle ; au centre, une table et des chaises en bois. Tout autour, différentes portes donnent accès a la cuisine, au salon et à une remise. Un escalier en bois abrupte grimpe vers les chambres qui sont distribuées le long d’une coursive. Encore un escalier, taillé dans un tronc d’arbre permet d’admirer les montagnes depuis le toit-terrasse.

Stanzin et Jigmed nous accueillent chaleureusement dans le lodge, ouvert depuis une quinzaine d’années, et qui, en raison de l’arrivée de la route, a vu son activité touristique fondre comme neige. Il y a encore deux ans, la plupart des trekkeurs empreintaient l’itineraire de la nouvelle route mais à pied, sur ce qui était alors le chemin des anciennes grandes caravanes entre l’Inde et le Tibet, et logeaient dans les lodges qui aujourd’hui sont désertés, sauf lorsque la piste est bloquée. Nous croisons tout de même six trekkeurs italiens qui parcourent l’ancien itinéraire de trek, la plupart du temps sur la piste poussiéreuse… Leur agence de trek semble ne pas être au courant des changements survenus depuis le début des années 2010…

N’ayant pas de nouvelles des travaux sur la piste, nous nous délectons d’un ‘’Dal Bhat’’ (riz blanc, soupe de lentilles, curry de legumes et chutney), plat emblématique du Népal, et visitons le village de Samar dominé par une grande falaise rouge. Karma, parti prendre des nouvelles du déblaiement de la piste revient pour nous prévenir de son ouverture imminente.

Des paysages de plus en plus arides à l’approche de Lo Manthang

Le déblaiement a été réalisé ‘’ à l’arrache’’ et la piste n’est plus qu’un amas de cailloux sur lesquels dévalent des torrents d’eau. Pourtant, notre chauffeur ne semble absolument pas inquiet. Avec un certain détachement, il fait avancer la jeep poussive qui tangue à souhait alors que les roues se rapprochent dangereusement du ravin. Mefiants, Tenzin, Lhamo et moi sortons de la voiture et marchons les pieds dans l’eau jusqu’ à ce que la piste retrouve un semblant de normalité, deux cent mètres plus loin. Nous roulons à une vitesse moyenne de 15 Km / heure durant plusieurs heures à travers des paysages désertiques aux couleurs infinies. Le dos ‘’cassé’’ par les secousses, nous parvenons finalement juste avant la tombée de la nuit à un col d’où la vue plongeante sur la plaine de Lo Manthang est à couper le souffle.

Une longue journée fût nécessaire pour rejoindre Lo Manthang depuis Pokhara, quand il fallut quinze jours de marche à l’ethnologue Michel Peissel pour parvenir au Royaume de Lo en 1964. A son arrivée à pied au col que nous empruntons aujourd’hui en jeep, il écrit : ‘’Elle était devant moi la forteresse mythique d’une planète perdue. La, dans un paysage lunaire de pics arides aux contours déchiquetés, s’élevait sereine, majestueuse et imposante, la masse enorme d’une ville fortifiée, dont le bastion, parfaitement rectangulaire, abritait les maisons derrière un haut mur jalonné à intervalles réguliers d’arrogantes tours carrées. La cité ressemblait à un château fort geant’’ – Mustang, Royaume Tibetain Interdit.

La cité mythique de Lo Manthang

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Lo-Manthang
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Lo-Manthang

Le lendemain matin, nous découvrons la cité à pied. Vu de l’exterieur, l’aspect de Lo Manthang a changé depuis le passage de Peissel, avec la construction de batiments neufs autour de la cité. Mais une fois à l’intérieur, le temps semble s’être arrêté. Entièrement ceinte d’un mur de huit mètres de haut, la capitale du Mustang est une ville miniature avec ses trois cent mètres de long sur cent cinquante de large, ses 150 maisons de stuc blanc, son palais royal et ses temples aux fresques impressionnantes.

Dressée à 3800 m d’altitude et construite en 1380 par le premier roi du Mustang, Ame Pal, la ville doit sa richesse au commerce entre l’Inde et le Tibet. Lo Manthang était avant la fermeture de la frontiere par les chinois en 1960, une etape obligée – la dernière – avant le Tibet, lorsqu’on venait du Sud, de la piste des caravaniers qui reliait le plateau tibetain au sous continent indien par les gorges de la Kali Gandaki. De nombreuses caravanes chargées de sel, de céréales, d’épices et de thé y faisaient halte. Mais la cité est devenue une impasse depuis que les chinois contrôlent le Pays des Neiges.

A l’entrée de la vieille ville, nous faisons tourner les moulins à prière, les mani chokhor, qui sont constitués d’un cylindre rempli de mantras qui tournent librement autour d’un axe. Actionner un moulin à la même valeur spirituelle que de réciter la prière du mantra, la prière étant censée se répandre dans les airs comme si elle était prononcée. Nous déambulons dans ce labyrinthe de ruelles tortueuses et si etroites qu’il est parfois impossible de s’y croiser, et rencontrons des Lo Pa, les uns portant un dokho, hotte en bois tressé fixée au front par un bandeau, remplit de racines utilisées pour préparer le repas, les autres discutant sur la place du Palais Royal.

Nous échangeons – enfin c’est Tenzin qui parle, car tout le monde parle tibétain ici – avec une grand-mère qui broie des grains d’orge dans une meule à grain en pierre devant sa maison. Elle a soixante huit ans et a toujours vecu ici. Elle n’est jamais allée plus loin que Jomosom, et Pokhara lui semble etre le bout du monde.

Un peu plus loin, nous faisons la connaissance de Tashi Gurung dans son atelier de thangka, ‘’chose que l’on deroule’’, peintures sur toile qui représentent des divinités bouddhistes ou des mandala, représentation symbolique de l’Univers. Tashi a travaillé plusieurs années comme restaurateur de fresques dans les monastères de Lo Manthang, avant d’ouvrir sa galerie recemment. Assis devant une toile, le pinceau a la main, Tashi est à la fois concentré et disponible pour répondre à nos questions. Lhamo est fascinée par l’agilité des doigts de l’artiste. Il nous explique que malgré le petit nombre de voyageurs à se rendre au Mustang, la demande pour ses oeuvres est importante car ‘’tout voyageur qui visite le Mustang veut ramener un tangka chez lui’’. De peur d’être les premiers voyageurs à le contrarier J, nous lui achetons une magnifique peinture représentant Tara Verte, l’une des 21 formes de Tara, personnification de la compassion dans le bouddhisme tibetain, et divinite protectrice du Tibet. La Tara verte est particulièrement connue pour sa puissance à surmonter les situations les plus difficiles, donnant protection et réconfort contre les dangers.

Lo Manthang compte trois principaux édifices religieux. Le Palais Royal et deux monastères importants. Les murs épais et rouges des monastères s’élèvent au-dessus des ruelles qui serpentent devant des maisons en brique de boue blanchies à la chaux. Nous entrons dans le temple de Thubchen alors que quelques rayons de soleil viennent eclairer les 35 immenses piliers en bois de l’immense pièce sombre. Les fresques, qui datent du 15e siècle, en cours de restauration, sont d’une incroyable beauté et reflètent l’influence newar. Les Newar, originaires de la vallée de Katmandou, ont été accueilis ici et dans d’autres parties du monde tibétain il y a des siècles pour produire des œuvres religieuses d’une rare finesse. La restauration de ces peintures a débuté en 1999 sous la direction de Luigi Fieni, qui a formé une équipe de 35 restaurateurs locaux. Financé par l’American Himalayan Fundation, le projet est d’autant plus important qu’au Tibet proprement dit, la quasi-totalité des œuvres ont été saccagées par l’armée chinoise lors de la Revolution culturelle dans les annees 1960-1970. Ces oeuvres, et bien d’autres dans toute la region, montrent que le Mustang – à l’image du Dolpo, du Ladakh et du Bhoutan – est une enclave importante de la culture bouddhiste tibétaines.

Nous rencontrons une femme sans âge aux magnifiques cheveux blancs, assise au pas de sa porte en train de filer de la laine. Lhamo s’arrête et s’ensuit des échanges de grands sourires entre elles alors que Lhamo s’approche pour regarder de plus près. Tenzin en profite pour lui demander si elle a rencontré des Khampa – les résistants tibétains – lorsqu’elle etait enfant. La dame lui dit que ça lui était arrivé mais que les Khampa se rendaient rarement à Lo Manthang car ils étaient postés dans des garnisons loin dans les montagnes. Mais elle se souvient que les habitants de Lo étaient méfiants à l’encontre de ces redoutables guerriers.

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femme à Lo Manthang

Made in China

Nous entrons nous restaurer dans une gargote à l’entrée de la cité, dont l’odeur me rappelle mon voyage au Tibet, en 2001, de Katmandou à Lhassa, lorsque j’allais me nourrir dans les boui-boui de Lhatse, Shigatse et du centre historique de Lhasssa. Il y règne un savant mélange d’effluves de thé au beurre salé, de viande séchée et de soupe de nouilles épicées. Sur les murs, des étagères abritent exclusivement des articles chinois : coca chinois, red bull chinois, paquets de nouilles instantanées, alcool blanc a 45 degres, chewing gum et bonbons, et des articles plus improbables dans un restaurant, comme des lunettes de soleil, des cahiers et stylos ou encore de la crème pour blanchir la peau. Seul un article détonne de par sa provenance : une bouteille de vin français ! (Une piquette en l’occurrence, vendue 1500 Rs, soit 14 Euros).

Une piste moins cassante que sur le tronçon Jomosom – Lo Manthang a été construite en 2002 pour relier la capitale du Mustang avec la frontière ‘’chinoise’’, grâce au financement chinois, et il est depuis lors bien plus rapide et moins cher d’acheter des articles chinois que népalais ou indiens lorsque l’on vit ici. Outre les produits alimentaires, les chinois inondent le Mustang de vêtements, meubles, téléphones portables, panneaux solaires, vélos et motos. Ces dernières sont décorées comme l’étaient autrefois les chevaux, avec un tapis tibétain couvrant la selle et des cordelettes de couleur sur le guidon.

Une photo encadrée montre un méditant taiwanais suspendu naturellement à un mètre du sol, assis en tailleur, l’air très concentré. Lhamo est fascinée et Tenzin et moi voulons croire avec elle que cette photo n’est pas un montage.

Le Mustang en mutation

Nous dînons avec Karchung et Tsewang, jeune couple, propriétaire de la chaleureuse Lo Manthang Guest House, à deux pas de la vieille ville. Modernes et ‘’well educated’’ – ils ont tous deux poursuivis leurs études supérieures à Katmandou – ils séjournent dans la capitale népalaise chaque hiver, lorsque le froid se fait trop mordant au Mustang. Tenzin s’étonne que Karchung porte des vêtements traditionnels, et Karchung lui répond en riant qu’il serait inimaginable, dans la mesure où elle est mariée, de ne pas porter la Chupa – robe tibétaines – ici, tandis qu’elle se vêtit de jeans à Katmandou.

Karchung est mitigée sur les bienfaits de la route qui traverse désormais le Mustang. Les avantages sont la facilité d‘accès à la santé et à l’éducation, et de nouvelles opportunités de business. Tsewang espère l’ouverture prochaine de la frontière sino-népalaise aux pèlerins hindois, népalais et indiens, qui pourraient ainsi se rendre au sanctuaire de Muktinath – dans le Bas Mustang – avant de rejoindre le Mont Kailash, le saint des saints pour les hindous, les bouddhistes et les jains, situé sur le plateau du Changtang, au Tibet Occidental. Selon lui, l’afflux de pelerins permettrait au Mustang, en priorité à Lo Manthang, de se développer économiquement.

Mais l’ouverture au monde du Mustang leur font craindre le risque d’un délitement de leur culture traditionnelle. Ainsi le désir de richesse matérielle individuelle se fait de plus en plus présent auprès de la nouvelle génération. En outre, le Mustang, qui est autosuffisant en nourriture depuis des siècles – le blé et l’orge étant l’aliment de base, la tsampa – importe depuis quelques années d’énormes quantités de riz bon marchée de Chine, à des prix inférieurs à ceux des céréales cultivées localement. Un autre changement est marqué par les jeunes qui perdent l’usage du Lowa, le dialecte du Mustang, très proche du tibétain, encourages par l’école, dont l’enseignement est dispensé exclusivement en népali et en anglais.  Le clergé quant à lui s’inquiète du nombre d’enfants à entrer dans les ordres, qui s’amenuise année après année.

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Karma, Karchung et Tamding – Lo Manthang

À la frontière ‘’chinoise’’

Partis en jeep à l’aube en direction de la frontière tibétaine, le ciel est bas et gris, chargé d’une tristesse indicible. Nous traversons des villages endormis de l’extrême Nord Mustang puis enquillons des lacets qui grimpent jusqu’au col Kora La, à 4600 m, porte d’entrée du plateau tibétain. S’ensuit une ligne droite à perte de vue, dans une aridite quasi absolue. Devant nous s’étend l’immensité brune et désertique du plateau tibétain, sans le moindre signe de vie humaine. Difficile d’imaginer que ce territoire était durant des siècles, jusqu’ à l’invasion chinoise du Tibet, une voie de passage importante entre le sous continent indien et le Tibet. Tout à coup, alors que nous ne voyons pas à plus de 10 m, le chauffeur freine brusquement devant un troupeau des chèvres et de moutons qui traverse la piste, suivi d’un berger au dos courbé par le vent glacial. Le pasteur nous tend un sourire vague puis disparait dans la brume.

La tension monte dans la carlingue qui fuse comme un bolide de course sur cette piste lisse comme le verre. Tenzin a tant rêvé de ce moment, elle qui va pour la première fois approcher la frontière chinoise, sans pour autant pouvoir la traverser, car son nom de famille, ‘’Choeden’’, sonne très clairement tibétain, et les autorités chinoises ne la laisseront pas passer, ici, ou dans n’importe quel autre poste frontière chinois situé au Tibet.

Soudain, quand le Tibet s’ouvre à nos yeux, une barre de beton et de verre se dévoile de la bruine et gonfle au fur et à mesure de notre approche. Est-ce un mirage ? Je repense alors aux Dupont dans ‘’Au Pays de l’Or Noir’’, bernes par le désert à perte de vue, mais la voiture s’immobilise et me ramène vite à la réalité. Nous sommes face à un immeuble en fin de construction de 150 m de long qui rappelle les structures staliniennes mais avec une coquetterie fin 20ème siècle : des vitres teintées de vert couvrent une partie de la façade. L’arrogance d’un pouvoir qui ne tient que par la peur qu’il diffuse, et ce même à 4600 m, au coeur de ce que les géographes appellent le troisième pôle. Cette demesure nous fait presque oublier la frêle borne de béton qui porte le mot Népal en caractères népalais et Chine grave en idéogrammes, pausée la, au cœur de la steppe, depuis 1962.

Alors que nous faisions route vers le graal, Tenzin avait secrètement rêvé de découvrir un plateau désolé et sauvage, sans artifice. Mais c’est un tout autre décor qui s’offre à ses yeux, alors qu’elle se retrouve face a cet immeuble hideux, et plus directement nez à nez avec une barrière de fils barbelés, dont la brume cache la longueur infinie.  Tenzin est sous le choc devant ce décor sinistre. Cette cloture, construite après la fuite du Tibet du Karma Pa – l’un des plus hauts dignitaires du bouddhisme tibétain – en 1999, est pour les autorités chinoises un rempart contre toute velléité de fuite d’un peuple muselé. Pourtant, jusqu’a l’occupation chinoise du Tibet, la frontiere n’existait que sur le papier : les bergers et leurs troupeaux la traversaient sans meme le savoir, et les moines avaient l’habitude d’aller compléter leur formation religieuse dans les monastères tibétains.

L’obsession de Pékin de contrôler ses frontières a conduit la Chine à verser des millions de dollars ces dernières années aux forces de police et à l’armée népalaise, qui sont formées dans la vallée de Katmandou, car 15 000 d’entre elles sont déployées dans les zones frontalières, Mustang compris. Les tibétains vivant au Népal – environ 20 000 refugiées – s’inquiètent de l’influence croissante de la Chine sur le Népal. Les militants de Katmandou et Pokhara doivent se rencontrer en secret, car tout rassemblement tibétain est jugé illégal par les autorités népalaises. A Lo Manthang, il nous a été conseillé de ne pas parler ouvertement des rapports entre le Mustang et la Chine, car il y aurait ‘’des espions qui font des rapports a la Chine’’…

Un homme vient à notre rencontre et Tenzin et lui commencent à converser en se cherchant des yeux entre les fils de fer. L’homme est tibétain et travaille comme ingénieur sur le chantier. Un pin’s représentant le drapeau chinois est attaché à son blouson de cuir bon marché. Affable, il nous explique avec un sourire satisfait que le chantier avance bon train. Tenzin trouve ‘’bizarre’’ qu’un tibétain porte le drapeau chinois. Etrange en effet, alors qu’après avoir annexé le Tibet par la force, la Chine a provoqué famines, emprisonnements massifs, torture, et destruction systématique des édifices religieux lors du Grand Bond en avant et de la Révolution Culturelle durant les décennies 1960 et 1970. Mais cet homme a-t-il seulement le choix, lui qui vit de l’autre côté de la frontière, ou depuis 60 ans, les tibétains subissent une répression massive ?

Nous nous retournons une derniere fois vers la frontière avant de monter dans la Jeep. Est-ce par cette frontière que Apa Gyaltsen a fui le Tibet lui aussi ?

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Tenzin, Lhamo et Alex à la Frontière Népal -Chine
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Tenzin et Lhamo devant le poste de frontière

Des grottes troglodytes par milliers

Au retour en direction de Lo Manthang, nous nous arrêtons au gompa (monastère) de Garphu aux peintures murales très anciennes, avant de rejoindre le monastère de Niphu, enchâssé dans la falaise et entouré de grottes. Des dizaines de monastères sont dénombrés dans la région, dont certains datent du 13eme siècle et abritent des fresques qui sont parmi les plus anciennes du monde tibétain. Depuis la destruction de plus de 90% des monastères et temples du Tibet lors de la Revolution culturelle, le Mustang, au même titre que le Ladakh, le Dolpo et le Bhoutan sont les gardiens du patrimoine culturel, religieux et artistique du monde tibétain.

Creusées dans une falaise verticale, les cavités de Niphu, autrefois habitées, sont accessibles par une entrée unique et communiquent entre elles par l’intermédiaire de trous où quelques échelles aident à passer d’un étage à l’autre.

Tout autour de nous, les falaises sont criblées de grottes abandonnées que l’on compte par centaines dans les environs de Lo Manthang. Selon National Geographic, dans l’ensemble du Mustang, il y aurait dix mille grottes troglodytes creusées à main d’homme dans des falaises friables. La plupart de ces grottes qui dateraient d’entre 3000 et 10 000 ans sont aujourd’hui inaccessibles. Personne ne sait qui les a creusées ni pourquoi.

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Grottes dans les environs de Lo Manthang

La guérilla tibétaine au Mustang

Nous rendons ensuite visite à la Tante de Karma, notre guide, dans le village de Namgyal, a 20 mn de marche de Lo Manthang, d’où le panorama sur la cité, que nous surplombons légèrement, est féerique, et nous laisse aisement imaginer le bonheur que cette vision devait procurer aux caravaniers d’antan, après des jours passes dans sur un plateau quasi desert, cette vision d’une oasis au milieu du desert.

La Maîtresse de maison nous accueille chaleureusement et nous invite à nous installer dans la coursive centrale de la maison, ou nous assistons à la préparation du thé. Après ébullition de l’eau, celle-ci est versée sur le thé dans un grand cylindre en bois, puis mélangée à du beurre de yak et au sel à l’aide d’un piston qui se trouve dans le cylindre. Tandis que nous dégustons le thé accompagné de farine d’orge grillée, la tsampa, Tenzin lui demande ce qu’elle sait des Khampa. La grand-mère était encore enfant lorsque les résistants tibétains sont repartis en 1974, mais elle se souvient d’avoir rencontré des Khamaps à Lo Manthang, et surtout à Gyamar, un village au Sud de Lo Manthang. Son mari, que nous rencontrons plus tard, se souvient des Khampa à Lo Manthang, lorsque ces derniers venaient acheter des vivres.  »Nous, Lo Pa, avions peur des Khampa, qui étaient grands, armés et sales… Mais cela n’a pas empêché de nombreux marriages entre soldats et jeunes femmes du Mustang …A plusieurs reprises nous avons entendu des avions voler à très basse altitude la nuit et nous avions très peur. Mes parents nous disaient que c’etaient des avions americains qui larguaient des armes aux Khampa ».

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Lhamo flower power

Après avoir envahi le Toit du Monde en 1950 sans guère rencontrer de résistance, les forces d’occupation chinoises firent sentir de plus en plus pesamment leur presence. A Lhassa, elles se mirent ainsi à réquisitionner de la nourriture, alors même que la population locale avait à peine de quoi s’alimenter. Dans les régions orientales du Kham et de l’Amdo, l’armée chinoise entreprit d’enlever aux nomades leurs armes, fusils qui pour ces nomades signifiaient espoir et survie, puis commencèrent à détruire les monastères. L’irritation des populations locales se transforma vite en révolte, puis en conflit.

Les premiers tibétains à s’être soulevés furent les Khampa, qui luttèrent contre les chinois à partir du grand soulèvement de 1954. Les nomades Khampa sont réputés pour être des brigands de grands chemins. Au temps de Marco Polo, les Khampas étaient déjà considérés comme de redoutables guerriers et de grands bandits.

La résistance, d’abord sporadique, désorganisée et décentralisée, se transforma à partir de 1956 en véritable guérilla structurée et déterminée, et dura jusqu’en 1974 avec l’aide financière et logistique de la CIA. Le communisme, qui avait étendu son emprise en Europe de l’Est, progressait rapidement en Asie. Après s’être emparés du pouvoir à Pekin en 1949, les communistes chinois avaient jeté leurs forces en Corée et au Tibet. Les Etats-Unis, déterminés à les contrer, décidèrent de les mettre en difficulté, y compris sur le Toit du Monde. La CIA joua un rôle important dans la grande insurrection de Lhassa et la fuite du Dalaï-Lama pour l’Inde en 1959. Elle organisa aussi des parachutages d’armes au Tibet et entraina des rebelles aux techniques de guerilla. Ainsi, de 1959 à 1964, plusieurs centaines d’insurgés tibétains suivirent un entrainement intensif dans une base militaire américaine située sur les pentes couvertes d’épaisses forets du Colorado.

En 1960, face à des soldats chinois toujours plus nombreux au Tibet, les guerriers Khampas durent se replier sur des bases de guérilla situées de l’autre cote de la frontière, au Népal, et plus précisément au Mustang, toujours avec l’aide financière et logistique américaine. Le Mustang abrita entre 2000 et 6000 résistants durant 15 ans, disséminés dans des camps situés dans des vallées isolées proches de la frontière tibétaine. Mais les Etats Unis, qui aidaient les combattants tibétains non par souci de l’Independence du Tibet, mais dans le cadre général de déstabilisation des gouvernements communistes, leur retirèrent leur aide au moment du rapprochement sino-americain, au début des années 1970. Ainsi, l’élection de Richard Nixon à la présidence des Etats-Unis à la fin des années 1960, et son désir de jouer la Chine contre l’URSS, signerent l’arret de mort de l’opération de soutien américain. La CIA coupa son aide du jour au lendemain, sans laisser la possibilité aux résistants tibétains de se retourner.

La guérilla au Mustang tenta alors de tenir mais la tentative était désespérée, d’autant que le Népal subit bientôt de fortes pressions chinoises pour mettre fin à la présence des Khampa sur le sol népalais. En 1974, le Dalaï-Lama pria les résistants presque anéantis d’abandonner la lutte armée et de déposer leurs armes entre les mains de l’armée népalaise. La plupart lui obéirent, ou se suicidèrent, mais les plus téméraires suivirent leur leader charismatique Gyato Wangdu et tentèrent de gagner l’Inde à cheval en passant par le Dolpo et l’extrême Nord-Ouest du Nepal, dans l’espoir de poursuivre la guérilla depuis cette jeune democratie indienne qui avait accueilli le Dalai Lama lors de sa fuite en 1959, et dont le premier ministre, Nehru, pronait le non-alignement. Les armées chinoises et népalaises se lancèrent alors a leurs trousses et les rattrapèrent non loin de la frontière, au col Tinker, avant de les massacrer, à l’abri des yeux du monde.

Après avoir écouté cette femme lui parler des Khampas, Tenzin est plus que jamais déterminée à voir de ses propres yeux, les camps dans lesquels vivaient ces fameux résistants. Il en existe encore de nombreux vestiges dans des vallées perdues à plus de 4000 m d’altitude. Pas de route ni de piste pour y accéder, c’est donc à pied que nous partirons des demains. 10 jours de trek pour essayer de percevoir ce qu’était la vie quotidienne des Khampas au Mustang, il y a 50 ans.

À petits pas – 4ème étape : Trek au Mustang, en route vers Lo Manthang, la capitale mythique
Le plateau tibétain en toile de fond

 

À suivre…

Alex Lebeuan, fondateur de Shanti Travel

 

Partez en trek au Mustang

4 Commentaires

  1. Sophie S.
    7 janvier 2020 / 16 h 45 min

    Wahou !!!!
    Guide de montagne, agent de voyage, hôtelier, motard, vidéaste, conteur d’histoire, écrivain, what else ? agriculteur ? 😉
    Quel récit émouvant Alex, bravo !

    • Leurent
      9 janvier 2020 / 19 h 55 min

      Un grand Merci pour ce superbe film … Medecin etudiant au Bir Hospital…auprès des réfugiés Tibétains pendant près d un an puis health post de village en village / trek en 74 de Pokhara jusqu a Kagbeni avec mon ami Bruce australien….
      Cela nous était interdit à l’époque d aller plus loin … de nos amis reviennent du Mustang avec un plein d émotions …Jeune retraité à ce jour …nous aimerions beaucoup ma femme et moi même trouver un job bénévole pour aider des réfugiés Tibétains dans la vallée de KTM où a Dharamsala même …si vous avez une idée pour m aider à réaliser ce super projet .. ce serait génial !
      En tout cas , un grand merci pour tout ce que vous faites pour partager vos émotions ! Amicalement
      Nicolas Leurent ( nicolasleurent@gmail.com)

      • 21 janvier 2020 / 7 h 47 min

        Bonjour,
        Merci pour ce commentaire et ce témoignage de votre expérience qui a l’air fascinante ! C’est un beau projet que vous avez, nous transmettons à Alex…
        Belle journée à vous et bonne continuation dans votre superbe projet !

    • 14 janvier 2020 / 5 h 15 min

      Bonjour Sophie,

      Au nom d’Alex, un grand merci pour votre commentaire ! Il est en effet plus que polyvalent 😉
      Restez connectée, l’épisode 5 arrive bientôt !

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