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Aventure en terres mongoles avec Marc Alaux

voyage mongolie rencontre marc alaux

Archéologue devenu éditeur et auteur, Marc Alaux est tombé amoureux il y a une vingtaine d’années de la Mongolie. Il l’a parcourue en tous sens, à pied, de la steppe au désert de Gobi en passant par les montagnes de l’Altaï et les forêts du Hövsgöl, à la frontière sibérienne.

En quoi la Mongolie vous fascine tant ?

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Ce pays trois fois plus vaste que la France et seulement peuplé de 3 millions d’habitants pour 66 millions de chevaux, chameaux, yaks, chèvres et moutons attire d’abord par son immensité, puis par le mode de vie pastoral nomade qui s’y développe. Mais depuis vingt ans que je l’étudie, j’ai fini par m’intéresser à tout ce qui le constitue : son histoire, son économie, ses littérature, musique et langue, l’exploitation de ses ressources minières, les enjeux géopolitiques… Et puis j’ai voyagé durant deux ans et demi dans les steppes mongoles en y traçant une boucle de7000 km à pied ; ce n’est pas rien, cela m’a attaché à vie à cette région de Haute-Asie.

Vous êtes tombé amoureux de la Mongolie avant même de vous y rendre, et c’est une région de France qui a provoqué cela…

Je me suis en effet amouraché des steppes avant de séjourner en Mongolie. Et pour une raison simple : j’ai consacré mon adolescence et le début de ma vie adulte à arpenter la France à pied, or les paysages qui ont suscité la plus forte émotion en moi sont ceux, dans le Massif central, du causse Méjean – le seul écosystème de steppe en France –, que les habitants nomment « la petite Mongolie ». Ensuite, j’ai simplement voulu voir plus vaste, vivre plus fort. Et j’ai porté mes pas en Mongolie.

Avant de séjourner en Mongolie pour la première fois en 2001, vous avez passé deux ans à lire des centaines d’ouvrages et à assister à des conférences sur le pays. Qu’est ce que ce bagage culturel a apporté à votre expérience sur place ?

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Pour moi, préparer un voyage, c’est en mûrir l’idée, notamment par la lecture, qui aiguise le regard, donne les connaissances nécessaires pour comprendre et supprime les idées reçues imposées par l’éducation et l’environnement. La lecture est un acte de résistance contre la bêtise. Je trouve aussi qu’ignorer les témoignages de nos prédécesseurs tient de l’arrogance. Voir ne suffit pas à comprendre ; il faut s’entendre raconter pour ajouter au voyage le galon de la connaissance.

Oulan-Bator est située entre Moscou et Pékin, sur l’ancienne route du thé. Porte d’entrée de la Mongolie (qu’on y arrive en avion ou en train), que représente-t-elle à vos yeux ?

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La capitale de la Mongolie abrite aujourd’hui au moins 1 million d’habitants, soit un tiers de la population du pays. En plus d’être un point de passage obligé pour le voyageur, c’est un pôle inévitable pour celui qui souhaite comprendre le pays. Sa population, souvent pauvre, est jeune et dynamique. Le pouvoir se concentre dans cette ville, l’argent aussi, l’offre artistique suit tout cela si bien qu’on y a accès à une riche vie culturelle. Enfin, à Oulan-Bator, se voit en exclusivité tout ce qui se diffusera ensuite dans le pays…

Vous avez parcouru toutes les régions de Mongolie, très distinctes les unes des autres. Quelle est pour vous l’acmé de chacune d’entre elles ?

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Le Gobi, qui porte les habits de la soif est époustouflant à la dune de Hongor, d’où le regard porte vers des terrains magnifiques d’hostilité ; l’Ouest se révèle sur les rives de lacs cernés de déserts mais dominés par des pics enneigés, tandis que, fort de versants rocailleux et secs, l’Altai resplendit au glacier Potanine, dans l’amphithéâtre du massif des Tavan Bogd. Il faudrait aussi citer les marécageuses vallées forestières du Hövsgöl et du Hentii ou encore le centre fertile du pays, autour des monts Hangai, sans oublier l’immensité solitaire des plaines de l’Est. Sans oublier Oulan-Bator, la capitale économique et culturelle… Une existence ne suffit pas à découvrir la Mongolie.

Vous semblez fasciné par le Gobi et la steppe. Qu’aimez-vous tant dans ces contrées ?

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Il y a de quoi être ensorcelé par la beauté rugueuse du plus vaste désert d’Asie en bordure duquel s’étend, uniforme mais jamais lassante, la nappe des pâturages les mieux préservés du continent. L’esthétique du dépouillement, conjugué au silence, semble avoir prise sur l’âme voyageuse pour la soigner de toute inquiétude. Par ailleurs, l’amateur d’histoire sera sensible au souvenir du galop endiablé des hordes mongoles ou au témoignage haut en couleurs des explorateurs qui leur succédèrent. Géographie et histoire des steppes s’entremêlent de manière trop stimulante pour ne pas fasciner chacun d’entre nous.

Vous décrivez la steppe comme esthétique et sensuelle, racontez nous !

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La steppe, c’est la fleur au milieu du désert. Toute en courbes, cette fleur ne doit pas sa beauté à l’harmonie d’un bosquet ou aux détails d’un chaos rocheux mais à la lumière qui en frappe les ondulations à l’aube et au crépuscule. Tout cela m’émeut et me semble aussi irréel que palpable. J’ai des frissons à chaque fois que je foule les grandes plaines… Et puis, sur cet écran solitaire, on projette aussi ses envies de rencontres, on s’imagine partager tant de beauté avec l’être aimé. Mais attention ! cette nature est coriace, tantôt froide tantôt brûlante, elle vous affame, vous assoiffe, vous tue. Elle est, tout simplement.

« On dit que la steppe est un océan », écrivez-vous. Son immensité vous attire-t-elle ? Vous procure-t-elle, comme aux navigateurs, la liberté ultime ?

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Dans la steppe, ailleurs est meilleur que demain. Il faut donc avancer vers l’horizon, ramer, cingler sur cet océan d’herbe pour vivre. Là, comme ailleurs, il n’est point de bonheur sans liberté. L’explorateur Nikolai Prjevalski disait d’ailleurs chercher dans ces paysages « l’herbe rare qui pousse en ces contrées : la liberté sauvage ». Les éleveurs nomades, en étant loin des centres de décision, cultivent aussi ce goût pour l’indépendance. La nature est aussi un des derniers interstices où vivre l’aventure est possible, sans nuire à quiconque ; enfin, au cœur de la nature, on apprend beaucoup en désapprenant sa propre culture.

Vous écrivez qu’« Une puissance intérieure, dépassant la raison – égalant même l’instinct peut être – me poussait vers la steppe », et plus loin « la pureté hiératique de la steppe aide-t-elle a savourer l’existence plus religieusement qu’ailleurs ? Face à l’alliance des forces de la nature, prend on la juste mesure de la vie ? » La steppe est-elle une inspiration spirituelle voire mystique ?

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Lors de mes voyages à pied, je me sentais en effet plus vagabond que visiteur, moins aventurier que pèlerin. C’est le prodige de la marche au long cours que de vous faire basculer dans un état d’esprit nouveau où la marche n’est plus un simple mode de déplacement mais une manière de vous forger. Vous êtes comme envoûte, vous allez où une force étrangère vous tire. Mais il s’agit moins de quête mystique que d’échappatoire : le marcheur abandonne le monde moderne et virtuel pour faire un pas de côté, basculer dans le concret et retrouver sa condition primitive. Il se mesure alors à la nature immense. Il y avance, droit, debout, libre, volontaire mais aussi fragile, humble… Il est alors homme et digne.

Le voyage est pour vous synonyme de marche à pied… et ce n’est pas seulement l’expérience de la steppe qui tend vers la spiritualité mais bien le fait d’y marcher des semaines durant. Ainsi « mieux vaut se laisser porter par le souffle divin qui brosse la steppe. L’ascétisme s’impose de lui même au marcheur. La steppe est vide ; il faut se purifier pour y vivre, lui ressembler pour la traverser ».

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La marche et la steppe se ressemblent en cela qu’elles sont faites de simplicité. Chopin disait d’ailleurs que « La simplicité est une réussite absolue ». En vivant dans la steppe comme en voyageant à pied, on mène une vie âpre mais jamais déserte de joie. À la simplicité de la démarche répond la beauté de la nature ; il faut alors cueillir les fruits qui poussent dans le jardin des steppes.

La marche réserve aussi son lot d’épreuves, ainsi lorsque « des jours entiers je ne marchais plus, je fendais l’espace tel un fantôme. Je devenais moi même mouvement. Rien n’existait plus que ce paysage »… Vous revenez sans cesse à la marche : est-ce par masochisme ?

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« Vivre, ce n’est pas traverser une plaine », dit un proverbe cosaque. Mais il ne faut pas confondre le goût de la souffrance avec l’acceptation de la douleur ou de l’effort qui servent une ambition plus grande que la simple jouissance. Les épreuves qu’endure le voyageur à pied le mettent face à ce qu’il est vraiment ; elles le révèlent. Les traverser avec un but précis, qui n’est pas de savourer la douleur, n’a rien à voir avec du masochisme.

Vous adorez marcher, et vous pratiquez votre passion au pays du cheval. Comment les Mongols réagissent lorsque vous les rencontrez ?

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Tout d’abord, ils se moquent de moi, puis ils respectent l’endurance exigée et surtout les connaissances accumulées au fil des kilomètres. Avant de rire à nouveau – en Mongolie, il faut faire preuve d’humour et de patience… Mais la marche n’a rien de nouveau dans la steppe : moines itinérants, soldats, ambassadeurs, artisans chinois en route pour construire un monastère, géographes et aventuriers ont longtemps arpenté à pied le cœur de l’Asie… Dire qu’on s’y est toujours déplacé à cheval est donc mensongé. Et puis, de manière plus personnelle, l’exercice est aussi indispensable à mon corps que la lecture à mon esprit ; de l’alliance des deux naît un équilibre. Et puis je rêve moins de faire trembler la steppe au galop d’un cheval que de poser paisiblement mes pas sur le sable. Le voyageur doit inventer sa propre manière d’avancer.

Pour vous qui avez vécu 3 mois d’hiver chez une famille nomade, que signifie l’hospitalité mongole ?

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L’hospitalité nomade, c’est l’enluminure sur le parchemin de la steppe. Elle impose de ne pas laisser quelqu’un dehors et incite à rencontrer l’inconnu de passage. Elle est aussi la démonstration que les éleveurs ont compris leur fragilité dans l’immense et rude nature centrasiatique : face à elle, on ne s’en sort qu’unis.

Un proverbe mongol dit « Si tu bois l’eau d’un pays, suis-en les coutumes ». Quels conseils partagez-vous avec les voyageurs qui se rendent en Mongolie embrasser ce proverbe ?

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Si je pouvais donner un seul conseil, ce serait celui, très banal, deprendre le temps de rester plusieurs semaines ou plusieurs mois dans le pays, de résister à la tentation de tout voir, de respecter celui dont vous foulez la terre, et, avant le départ, de s’instruire autrement que par la lecture d’un simple guide de voyage.

Vos ouvrages sur la Mongolie:

  • Sous les Yourtes de Mongolie (Transboréal, 2007)
  • La Vertu des Steppes (Transboréal, 2010)
  • Tamir et le Loup des steppes (Belin, 2012)
  • Voyage en Mongolie et au Tibet (Transboréal, 2018)
  • Proverbes & dictons de Mongolie (Géorama, 2018)
  • Ivres de Steppes (Transboreal, 2018)
Nos voyages en Mongolie

Propos recueillis par Alex Le Beuan, fondateur de Shanti Travel.

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